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furent l’objet. Cela avait eu lieu dans la soirée même du 13, et l’autorité publique en avait été avertie. Mais comme il avait été dit que le défunt étant protestant, le convoi se rendrait directement au cimetière, situé à proximité du lycée, elle n’avait pas cru devoir prendre aucune mesure extraordinaire ; et d’ailleurs, Fruneau eût-il été catholique, il n’y aurait pas eu lieu à en prendre davantage. L’autorité ne pouvait supposer un seul instant ce qui se passa en cette circonstance.

Vers onze heures du matin du 14 avril, le cercueil fut enlevé ; et au sortir du lycée, le convoi allait prendre la direction du cimetière, lorsque des voix passionnées crièrent : « Non, non ! à l’église ! » et l’on se dirigea de ce côté. Il était évident que c’était un plan conçu par les meneurs. En suivant en droite ligne la rue du lycée à la terrasse, dite de l’Intendance, pour arriver à l’église paroissiale, il fallait passer devant la grande barrière du palais de la présidence, puis au coin de la rue où était située la demeure du général Inginac. Il est plus que probable que si Boyer était à la capitale, on ne se fût pas permis ce changement dans la marche du convoi ; mais il était alors sur l’une de ses habitations de l’Arcahaie.

Lorsqu’on arriva devant le tombeau de Pétion et en face de la barrière du palais qui en est tout près, les cris suivans furent poussés ; « Vive l’indépendance ! Vive la liberté de la presse ! Vive la constitution ! À bas le despotisme, la tyrannie et les tyrans ! Pourquoi de tels cris et à qui s’adressaient-ils, à propos de la mort déplorable, sans doute, d’un jeune homme tué en duel, ayant failli pour fendre son adversaire ? D’un jeune homme qui avait certainement du mérite, mais qui n’en avait pas plus que l’autre. L’intention coupable des opposans, meneurs de cette scène séditieuse, se décelait suffi-