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ce dernier ayant publié un article qui outrageait son adversaire et attaquait l’honneur de sa famille, un cartel lui fut envoyé par D. Inginac et accepté par lui[1]. Le mercredi 13 avril, ce duel se vida entre eux, au sabre, en présence de nombreux témoins. D. Inginac reçut un coup sur la téte qui lui fit une profonde blessure ; mais se servant de la pointe de son arme, il perça la poitrine de Fruneau qui tomba mort. Il fallut soutenir le vainqueur de ce funeste duel, dont la vie était en danger et qui resta assez longtemps au lit. Le corps de Fruneau fut transporté au lycée.

C’était un douloureux événement, et il n’y eut pas une seule âme sensible qui ne s’en affligeât. Les, hommes, réfléchis voyaient avec peine un si triste résultat des discussions soutenues entre deux jeunes intelligences remarquables ; mais, les passions des opposans se donnèrent libre carrière : ils eussent préféré, naturellement, que le sort eût été plus contraire à D. Inginac qu’à Fruneau. Dans la soirée, le lycée se remplit d’eux. À côté du cadavre, se réunirent d’anciens élèves et les plus âgés de ceux qui suivaient encore les classes de cet, établissement ; tous étaient les amis du jeune professeur et le regrettèrent sincèrement. Le lendemain, jour fixé pour les obsèques, la réunion fut plus nombreuse ; les pères et mères de famille dont les enfans étaient élèves du lycée se rendirent là pour y assister. Aux regrets manifestés sur la mort prématurée de Fruneau, aux paroles élogieuses prononcées en faveur de son caractère, de ses talens, se mêlèrent bien des vociférations, ou sincères, ou calculées de la part de certains opposans, pour exciter la sensibilité de la jeunesse, et le général Inginac et sa famille en

  1. Voyez le Phare du jeudi 14 aviil, n° 2, le dernier de ce journal qui cessa de paraître.