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satisfait l’honneur et la dignité de la nation, ni réduire la quotité de l’indemnité. D’ailleurs, il existe entre tous les peuples une solidarité d’intérêts moraux qui excite toujours une vive sympathie en faveur de celui dont on méconnaît les droits, et ce sentiment ne pouvait manquer d’éclater en Haïti pour le peuple français, auquel elle se rattache par ses idées et par une foule de considérations toutes morales, bien que les Haïtiens entendent rester complètement indépendans de la France sous le rapport politique.

Mais si, généralement, ils éprouvèrent de la satisfaction, ceux d’entre eux qui formaient l’Opposition dans le pays, se rejouirent bien davantage de la chute de la Restauration, que l’opposition française avait constamment harcelée. Cette chute leur parut un avertissement utile à Boyer, ou un avant-coureur de la sienne. Et quand on eut dit que le Président avait témoigné hautement un vif regret de cet événement, loin de voir en cela un acte de prudence de sa part comme chef du gouvernement, ils n’y trouvèrent que l’instinct de sa propre conservation au pouvoir qui le portait à s’abstenir de toute approbation anticipée. Ce fut pis par rapport au secrétaire général Inginac, à qui l’on avait imputé des paroles qui furent colportées et envenimées. Quelques mois après, on vit éclater ces sentimens hostiles ; mais n’anticipons pas sur le temps où il faudra en parler.

La session législative, ajournée par le Président d’Haïti, s’ouvrit le 20 septembre. Dans son discours à cette occasion, Boyer parla de la parfaite tranquillité du pays, de l’étrange réclamation faite au commencement de l’année par le gouvernement d’Espagne, de la partie de l’Est de la République, qui n’avait servi qu’à prouver l’attachement de