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d’autres informations annonçant l’expulsion de la branche aînée des Bourbons, il ne devait plus y avoir d’hésitation.

M. Molien, en sa qualité de consul général, était dans la même situation d’esprit, et cela se conçoit[1]. Les Français présens au Port-au-Prince ne s’abstinrent pas comme lui ; ils applaudirent avec tout l’enthousiasme ordinaire de leur caractère distinctif ; ils organisèrent un banquet auquel il assista cependant avec de nombreux Haïtiens ; ils arborèrent un immense drapeau tricolore à la maison où ce banquet eut lien ; et après cette fête, ils allèrent offrir ce nouvel emblème de la nationalité française au consul général, pour qu’il le fit hisser en place du drapeau blanc de la légitimité qui flottait au mât de pavillon du consulat. M. Molien le garda et ne déféra à ce désir que lorsque de nouvelles informations ne laissèrent plus de doute sur le succès complet de la révolution.

Quant aux Haïtiens, en général ils furent satisfaits du renversement de Charles X, et par rapport à son ordonnance de 1825 qui avait déplu à la nation, et parce que ses ordonnances de la fin de juillet, qui soulevèrent la population de Paris, leur parurent aussi une flagrante violation de la charte française qui avait été octroyée par son frère, son prédécesseur. Le sentiment populaire, en Haïti, était que, puisque ce monarque avait pu violer la charte octroyée, il aurait pu tout aussi bien violer l’ordonnance concédée, et d’autant mieux qu’elle avait été rédigée en termes ambigus qui décelaient une arriére-pensée, et que jusqu’alors son gouvernement ne voulait pas donner des explications, par un traité qui aurait

  1. M. Molien présidait à la fête du mariage d’un Français, le jour où arriva du Havre le navire l’Heureuse Union, qui apporta des journaux de Paris annonçant l’événement et qui avait le pavillon tricolore. Pendant que ses compatriotes s’exaltarent à la lecture des journaux, le consul général observait le décorum auquel il était naturellement tenu par sa charge. Je dis ici ce que j’ai vu.