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message : elle fut en harmonie avec les espérances qu’il exprimait, par le changement de gouvernement en France. Néanmoins, le Sénat conseilla au Président une attitude expectante, afin de savoir quel parti on pourrait mieux tirer de cet événement. Nécessairement, on devait attendre des communications de la part de M. Saint-Macary : il en fit au Président qui partagea l’espoir qu’il avait, d’obtenir des concessions plus favorables que celles qu’il devait demander. Toujours est-il constant, qu’accrédité auprès du gouvernement de Charles X, en droit international ses pouvoirs devenaient caducs, et qu’en fait ils ne furent pas renouvelés par le Président d’Haïti. Cet agent ne fut pas non plus rappelé ; on le laissa poursuivre de lui-même une négociation dont on espérait des résultats avantageux pour la République.

Le Président avait cet espoir, et cependant il ne fit pas ce qui pouvait le réaliser. Il eût été convenable, ou qu’il envoyât en France un nouvel agent dans l’unique but de complimenter Louis-Philippe sur son avènement au trône, ou pour s’adjoindre dans ce but à M. Saint-Macary, ou qu’il eût écrit ou fait écrire pour transmettre ses félicitations au nouveau Roi ; mais Boyer s’abstint de ces actes de haute convenance dans la situation où se trouvait Haïti à l’égard de la France. Il a été même dit, à cette époque, qu’à la première nouvelle des événemens de Paris, Charles X étant encore en France, Boyer avait manifesté publiquement un vif regret pour ce succès de l’opposition dans cette capitale, et que le général Inginac surtout avait prononcé des paroles acerbes. Comme homme d’État, Inginac aurait eu tort de parler ainsi ; et quant à Boyer, ce n’aura été qu’une prudence gouvernementale, car on était incertain sur le résultat final de la résistance du peuple. Mais quand on eut reçu