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point à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices ; c’est là chez eux le châtiment le plus grave. Ceux que frappe cet interdit sont mis au rang des impies et des scélérats ; chacun les fuit ; chacun évite de les aborder et de leur parler, dans la crainte d’éprouver quelque malheur par l’effet de leur contact ; leurs demandes en justice ne sont point accueillies et on ne leur confère aucune dignité. A la tête des druides est placé un chef unique qui a parmi eux l’autorité suprême. Ce chef, à sa mort, est remplacé par le plus digne et si plusieurs compétiteurs ont des titres égaux, le successeur est élu par les suffrages des druides ; quelquefois même on se dispute, les armes à la main, cette dignité suprême. Chaque année, à une époque fixe, les druides s’assemblent dans un lieu consacré, sur le territoire des Carnutes, qui passe pour être le centre de la Gaule. Là se rendent, de toutes parts, ceux qui ont des différends à vider ; ils se soumettent aux décisions et aux arrêts des druides. On croit que leur doctrine, découverte en Bretagne, a été de là apportée dans la Gaule ; et maintenant ceux qui veulent la connaître plus à fond vont ordinairement l’étudier dans cette île.

Les druides, suivant la coutume, ne vont point à la guerre et ne payent point les impôts comme le reste des Gaulois ; ils sont exempts du service militaire et affranchis de toute espèce de charge publique. Attirés par de si grands avantages, un