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cinq mille soldats l’accompagnaient sur le territoire ennemi. Les Gaulois s’étaient établis sur la lisière extrême et tout a l’entour de la forêt. Aussitôt que l’armée romaine s’y fut engagée, ils poussèrent les plus éloignés de ces arbres qu’ils avaient coupés par le pied. Les premiers tombant sur les plus proches, si peu stables eux-mêmes et si faciles à renverser, tout fut écrasé par leur chute confuse, armes, hommes, chevaux ; à peine dix soldats échappèrent. Le plus grand nombre avaient péri étouffés sous les troncs et sous les branches brisées des arbres ; quant aux autres, effrayés par ce désastre inattendu, ils furent massacrés par les Gaulois qui cernaient en armes toute l’étendue de la forêt. Sur une armée si considérable, quelques soldats seulement furent faits prisonniers, en cherchant à gagner le pont, où l’ennemi, qui en était déjà maître, les arrêta. Ce fut là que mourut Postumius, en faisant les plus énergiques efforts pour ne pas être pris. Les dépouilles et la tête coupée de ce général furent portées en triomphe par les Boïens dans le temple le plus respecté de leur nation ; puis, la tête fut vidée, et, selon l’usage de ces peuples, le crâne, orné d’un cercle d’or, leur servit de vase sacré pour offrir des libations dans les fêtes. Ce fut aussi la coupe des pontifes et des prêtres du temple[1]. »

  1. (t) Tite-Live, l. XXIII c. XXIV, éd. Teubner-Weissenborn, II, 343.