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daise une très petite place. Il ne parait pas probable qu’ils en eussent en Gaule une plus considérable. Ce qui les a grandis dans le pays de Galles c’est qu’ils s’y sont trouvés les seuls représentants de la classe considérable d’hommes lettrés où César ne mentionne que les druides et où nous distinguons avec d’autres auteurs, trois éléments : 1° les druides proprement dits ; 2° les devins, euhages, οὑάτειϛ (vates) de Diodore, Timagène et Strabon ; 3° les bardes[1].

Nous ne quitterons pas les bardes d’Irlande sans donner un spécimen des plus anciennes poésies que nous leur devions. Nous prendrons un des poèmes lyriques conservés par le manuscrit de Saint-Paul, en Carinthie. M. Windisch date ce manuscrit du huitième siècle et suivant M. Zimmer, il n’est pas antérieur à la fin du onzième : quoi qu’il en soit, sa date est fort respectable, et remonte plus haut que celle du premier des quatre manuscrits bardiques du pays de Galles publiés par M. Skene.

Aed par sa puissance a de la flamme l’éclat ;
Aed offre un sujet de longs développements poétiques ;
  1. Les bardes apparaissent les premiers en date chez Posidonius, qui parle d’eux seuls et ne dit rien des druides ni du second groupe (devins, οὑάτειϛ, euhages). Diodore s’accorde avec Timagène et Strabon pour nommer les bardes en première ligne, avant les druides et le second groupe. On aurait tort d’en conclure que les bardes eussent en Gaule la prééminence sur les druides et les devins (οὑάτειϛ ou euhages).