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groupes qui viennent, l’un de la variété du gaulois parlée en Grande-Bretagne, l’autre de l’irlandais primitif. Ces groupes conservent les caractères distinctifs des dialectes anciens dont ils descendent. En gallois, on cornique, en breton, comme en gaulois, le qu primitif est remplacé par un p : « quatre » se dit petguar, pedwar en gallois, peswar en cornique, pévar, péouar, pouar en breton. Cette substitution de consonne n’a pas lieu dans les langues nées de l’irlandais primitif ; « quatre » se dit en vieil irlandais cethir, en irlandais moderne ceathair, en gaélique d’Écosse ceithir, en manx kiare. Les dialectes modernes nous offrent donc la même bifurcation que les dialectes anciens.

On désigne souvent par le mot « celtique » l’ensemble de ces dialectes ou langues d’âge différent, les unes mères, les autres filles ; mais quand on veut s’exprimer avec plus de rigueur, on distingue deux époques : l’époque du celtique ancien, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, et l’époque néo-celtique, qui succède à la première vers une date contemporaine de celle où naissent les langues néo-latines.

Nous avons emprunté le mot « celtique » au grec. C’est un dérivé du substantif Κελτός[1] par lequel les

  1. Glück a proposé de considérer Κελτός comme dérivé d’une racine kel, « élever, » qui se trouve dans plusieurs langues indo-européennes, notamment en latin dans le dérivé celsus = cel-to-s (Beiträge de Kuhn, t. V, p. 97). On doit reconnaître la même racine dans le vieil irlandais clethe « grand, noble, élevé, » qui a deux articles dans le glossaire d’O’Davoren, chez Whitley Stokes, Three irish glossaries, pp. 70 et 71.