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devant Dagdé qui en tira des sons merveilleux[1]. La crotta de Dagdé était ordinairement confiée à un artiste de profession, au harpiste Uaithné ; mais Uaithné en ce moment était prisonnier des Fomori.

Les fils d’Uaithné figurent dans le second des cycles épiques d’Irlande, dans le cycle de Conchobar et de Cùchulainn. Une des pièces de ce cycle est l’enlèvement des vaches de Froech. Froech a pour mère une side, une femme de la race mythique des Tuatha dê Danann, Béfind ou la Belle-Femme, sœur de Boinn qui est la déesse de la rivière de ce nom, la Boyne. Il vient un jour au palais de Cruachan, capitale du Connaught, où régnaient Ailill et Medb, adversaires de Conchobar ; il amène avec lui les trois fils de Uaithné, le harpiste du dieu Dagdé. Ces trois harpistes jouent de la crotta, et les sons qu’ils en tirent sont prodigieux ; l’émotion qui saisit l’auditoire est si puissante, que parmi les personnes présentes douze ne peuvent la supporter et en perdent la vie[2].

Ainsi nous retrouvons dans la littérature épique de l’Irlande la lyre dont parle Fortunat, et cette lyre semble être celle dont se servaient, suivant Diodore de Sicile, les bardes gaulois transalpins au temps de

  1. (t) Seconde bataille de Mag-Tured, dans le ms. du musée Britannique, harléien 428O, f° 59, cité par O’Curry, On the Manners and customs of the ancient Irish, t. III, p. 214, note.
  2. Tain bô Fraich, fac-similé du Livre de Leinster, p. 249. Ce récit a été publié par O’Beirne-Crowe, Proceedings of the royal irish Academy. Irish Mss. Series, vol. I, part. I, 1870, p. 140 ; cf. O'Curry, On the manners, t. III, p. 221.