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crit prânas, pûrnas, devient en vieil irlandais lân, en vieux gallois laun, en breton leun ; père, en sanscrit pitâ au nominatif, pitaram à l’accusatif, en grec πατήρ, en latin pater, se dit athir en vieil irlandais[1].

Le celtique ancien était divisé en dialectes comme le nouveau. Des dialectes du celtique ancien, celui que nous connaissons le moins mal est le gaulois, qui chez nous a précédé le latin, et dont la langue celtique, parlée en Grande-Bretagne au temps de l’Empire romain, était une variété[2].

Un dialecte différent était usité en Irlande à la même époque : il avait conservé le qu primitif, tandis que gaulois changeait le qu primitif en p[3]. Ainsi, en

  1. Citons encore le sanscrit upari, en grec ὑπέρ, en latin s-uper avec p médial, mais sans p dans le gaulois uer-, ver-, qui est devenu en vieil irlandais for, en vieux gallois guor (f en irlandais, gu en vieux gallois, tiennent lieu de v initial). Pour plus de détails, voir un mémoire de M. Windisch dans les Beiträge de Kuhn, t. VIII, p. 1 et suiv.
  2. Les ressemblances du gaulois avec la langue celtique parlée en Grande-Bretagne au temps de l’empire romain ont été étudiées par Zeuss, Grammatica celtica, 2e édit., p. viviii. — Des observations de Zeuss on peut rapprocher le texte suivant : « Britanniam qui mortales initio coluerint, parum compertum… In universum tamen æstimanti Gallos vicinum solum occupasse credibile est. Sermo haud multum diversus » (Tacite, Agricola, 11). — L’établissement d’une population gauloise sur les côtes de la Grande-Bretagne est mentionné par César, De bello gallico, livre V, chap. XII, § 2. – Le même auteur nous apprend que Divitiacus, roi des Suessions, étendit sa domination sur la Grande-Bretagne (De bello gallico, livre II, chap. iv, § 7.)
  3. Grammatica celtica, 2e édit., p. 66.