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rope. Tout le monde, en France, connaît l’origine galloise des romans de la Table Ronde[1].

Mais des langues entre lesquelles se partage la littérature néo-celtique, celle qui nous offre les monuments les plus nombreux et les plus anciens est l’irlandais, dont le gaélique d’Écosse, si célèbre depuis Mac-Pherson, n’est qu’une petite branche. Les manuscrits les plus importants de cette littérature se rangent chronologiquement entre la fin du onzième siècle et celle du seizième. On y voit traiter les sujets les plus divers ; à côté des hymnes pieuses, des sermons, des vies des saints nationaux et étrangers, on y trouve des traités nombreux de jurisprudence, de grammaire, de médecine, d’astronomie, des chroniques ; enfin on y peut étudier un vaste ensemble de compositions épiques dont les plus anciennes nous transportent dans un milieu tout païen.

Un savant allemand calculait dernièrement que si l’on voulait publier intégralement la littérature irlandaise, telle que les manuscrits du onzième au seizième siècle nous l’ont transmise, il faudrait y consacrer environ mille volumes in-octavo. La partie la plus curieuse de cette littérature, ce sont les monuments épiques où, à côté de quelques imitations des

  1. Sur ce cycle épique, voir les cinq volumes que M. Paulin Paris a publiés sous ce titre : Les romans de la Table-Ronde mis en nouveau language. L’étude de ce cycle fait depuis quelque temps le sujet du cours de M. Gaston Paris au Collège de France. On fera bien de lire un très intéressant mémoire de ce savant dans la Romania, t. X, p. 465, octobre 1881.