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goire, dans un de ses livres, s’adresse lui-même la parole en ces termes « Toi qui n’as aucune pratique des lettres, qui ne sais pas distinguer les mots, qui prends souvent pour masculins ceux qui sont féminins, pour féminins les neutres, et pour neutres les masculins ; qui mets souvent hors de leur place les prépositions elles-mêmes, dont les règles ont eu la sanction des plus illustres auteurs : car tu leur joins des accusatifs pour des ablatifs, et, à l’inverse, des ablatifs pour des accusatifs[1]. » Ces critiques que Grégoire s’adresse sont amplement justifiées par les plus anciens manuscrits de ses œuvres. Les éditions ne nous offrent qu’un texte expurgé conformément aux lois de la langue latine, telle que l’enseignent les grammairiens modernes. Les contemporains gallo-romains de Grégoire ne savaient pas mieux la grammaire que lui : les manuscrits mérovingiens en donnent d’innombrables preuves.

Qui a suggéré les critiques si justifiées que Grégoire répète humblement ? Probablement quelque moine irlandais voyageant sur le continent. Saint Columban arriva en Gaule avec ses disciples une

  1. Grégoire de Tours, De gloria beatorum confessorum, prologue, traduction de M. Bordier, dans son ouvrage intitulé Les livres des miracles et autres opuscules de George Florent Grégoire, évêque de Tours, t. II, p. 339. Grégoire exprime la même idée d’une façon plus brève dans son Histoire ecclésiastique des Francs, prologue du livre I, où il s’exprime en ces termes « Veniam a legentibus precor si aut in litteris aut in syllabis grammaticam artem excessero, de qua adplene non sum imbutus. » Dom Bouquet, t. II, p. 139.