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cessèrent de se célébrer les festins royaux de Tara, où se réunissaient tous les grands seigneurs d’Irlande, et où des cérémonies du culte païen s’associaient aux plaisirs de la table. Un vieux traité, conservé dans deux manuscrits de l’Université d’Irlande, contient le plan de la salle du festin de Tara, et on y voit dessinée la place où s’asseyaient les druides, druid, peu de temps avant l’époque où cette salle, dont on montre encore l’emplacement sur le terrain, fut détruite pour jamais. Les druides à cette date n’occupaient plus la place d’honneur : elle avait été prise par d’autres, notamment par le clergé chrétien, par le savant en lettres, litre, comme on disait alors[1]. Mais avant le christianisme, le druide irlandais tenait dans la société, à côté des rois, le rang le plus élevé. Un jour, l’épopée nous montre une invasion redoutable qui pénètre dans le royaume d’Ulster. Le roi et ses guerriers, atteints d’une maladie merveilleuse qui les rend incapables de combattre, sont réunis dans le palais d’Émain : un messager arrive à pas précipités, et remplit le palais des exclamations douloureuses par lesquelles

  1. Livre de Leinster, p. 29 du fac-similé. Livre jaune de Leean, col. 810-111, cf. Gilbert, National manuscripts of Ireland, part. III, pl. XXIV. Petrie, On the history and anquities of Tara hill, p. 204 et suiv. Voir aussi British Museum, ms. Egerton 1782, f° 45.