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eux-mêmes[1]. Vraisemblablement cette assertion n’est qu’en partie exacte. Κελτός est l’orthographe grecque du nom gaulois Celta, et César nous apprend qu’en gaulois Celta désigne, non pas l’ensemble des Celtes continentaux, mais le rameau de la race celtique établi entre la Garonne, la Seine et la Marne à l’époque où commence la conquête de la Gaule transalpine, l’an 58 avant notre ère[2]. Ce rameau de la race celtique dut être le premier avec lequel la ville grecque de Marseille, fondée l’an 600 avant J.-C., noua des relations commerciales ; quand ce nom eut pénétré dans la langue grecque, on l’étendit aux autres rameaux de la famille dite depuis celtique, quoique dans leur langue nationale les membres divers de cette famille portassent d’autres noms[3]. Les Grecs se servirent même du nom

  1. « Ὀψὲ δέ ποτε αὐτοὺς καλεῖσθαιΓαλάτας ἐξενίκησεν. Κελτοὶ γὰρ κατά τε σφᾶς τὸ ἀρχαῖον καὶ παρὰ τοῖς ἄλλοις ὠνομάζοντο » (Pausanias, liv. I, chap. iii, § 6, édit. Didot-Dindorf,p. 5).
  2. « Qui ipsorum lingua Celtæ, nostra Galli appellantur… Gallos ab Aquitanis Garumna flumen, a Belgis Matrona et Sequana dividit » (De bello gallico, liv. I, chap. i). — Comparez Strabon, liv. IV, chap. i, édit. Didot-Dübner et Müller, p. 146–147. Strabon met par erreur les Celtæ à l’est des Cévennes. Sur les Celtæ de César, voir Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, t. II, p. 411–427 et 462–499. De Celta dérive Celtillus, nom d’un gaulois de race arverne, père du célèbre Vercingétorix. De bello gallico, liv. VII, chap. iv.
  3. C’est ce que dit Strabon, liv. IV, chap. I, § 14, édit. Didot-Müller et Dübner, p. 157. Seulement le savant géographe se trompe quand il avance que le groupe celtique, spécialement désigné en sa langue par le mot Κελτός, habitait la Narbonnaise. Il doit cette erreur à une fausse interprétation d’un passage de Polybe, liv. III, chap. xxxviii, § 9, 2e édit. Didot, p. 143. — Les Celtes que Polybe nous montre près de Narbonne dans ce passage sont des Volcæ, et non des Celtes, dans le sens étroit du mot. Sur les Volcæ, voir ce que nous disons un peu plus bas, note 2, et p. 11, note 1.