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tagne[1]. Aristote a connu les Celtes. Je laisse de côté les ouvrages apocryphes, trop souvent cités, de ce grand polygraphe, je me borne aux ouvrages dont l’authenticité est admise : suivant lui, les Celtes se vantent de ne craindre ni les tremblements de terre, ni les flots[2] ; ils ne font porter à leurs enfants que des vêtements légers[3] ; cependant le pays où habitent les Celtes qui sont au delà de

  1. « Πυθέας ἀνὴρ ψευδίστατος... τὸ Κάντιον ἡμερῶν τινων πλοῦν ἀπέχειν τῆς Κελτικῆς φησι. » Strabon a été le naïf écho des rancunes de Polybe, qui ne pouvait pardonner à Pythéas d’avoir recueilli, au quatrième siècle avant notre ère, toutes sortes de renseignements curieux sur le nord-ouest de l’Europe, tandis que Polybe, au second siècle, ne pouvait obtenir aucune indication précise. Mais Pythéas avait eu la hardiesse d’aller lui-même jusqu’aux îles Britanniques et à la mer du Nord, tandis que Polybe n’osa jamais s’éloigner des côtes de la Méditerranée. Pythéas, faisant sur un vaisseau grec un voyage dont le commerce paraît avoir été le principal objet, n’inspirait aucune défiance par ses recherches géographiques. Polybe, au contraire, trop riche pour commercer et protégé par les généraux romains, qui de la Gaule cisalpine et de l’Espagne menaçaient la Gaule transalpine, semblait un émissaire chargé de recueillir des notes à l’usage des futurs conquérants. De là, le silence aussi prudent qu’opiniâtre de ceux qu’il interrogeait. (Voir K. Müllenhof, Deutsche Alterthumskunde, t. I. p. 353, 354, 359. Strabon, liv. Ier, chap. iv, § 3 ; liv. IV, chap. ii, § 1 ; liv. II, chap. iv, § 1, 2, édit. Didot-Müller et Dübner, p. 52, 85, 86, 158). — Le voyage de Pythéas parait contemporain du règne d’Alexandre le Grand, 336–323.
  2. « Εἰ μηδὲν φοβοῖτο, μήτε σεισμὸν μήτε κύματα, καθάπερ φασὶ τοὺς Κελτούς » (Ethica Nicomachea, liv. III, chap. vii, édit. Didot, t. II, p. 32).
  3. « Παρὰ πολλοῖς ἐστι τῶν βαρβάρων ἔθος τοῖς μὲν εἰς ποταμὸν ἀποβάπτειν τὰ γιγνόμενα ψυχρόν, τοῖς δὲ σκέπασμα μικρὸν ἀμπίσχειν, οἷον Κελτοῖς » (Politique, liv. VII, chap. xv, édit. Didot, t. I, p. 622).