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fondeur. Il n’échappera à personne qu’une conséquence de cette hypothèse, c’est que les températures ne devraient pas croître proportionnellement à la profondeur, ce qui, dans les limites où l’on a opéré et que nous avons rappelées tout à l’heure, est démenti par les observations.

Les matières de l’intérieur du globe, en admettant la proportionnalité de l’accroissement de la température avec l’accroissement de la profondeur, auraient, il est vrai, vers le centre une température qui surpasserait deux millions de degrés. Ces matières seraient à l’état de gaz incandescent, et il en résulterait, nous le répétons, une force élastique à laquelle Poisson croyait que la croûte solidifiée du globe terrestre ne pourrait pas résister. Cette difficulté avait déjà préoccupé les physiciens. Leslie a été conduit, pour sortir d’embarras, à présenter l’intérieur de la Terre comme une caverne sphérique remplie d’un fluide impondérable, mais doué d’une force d’expansion énorme. « Ces conceptions bizarres, dit mon ami Alexandre de Humboldt dans son Cosmos, firent naître bientôt des idées encore plus fantastiques dans des esprits entièrement étrangers aux sciences. On en vint à faire croître des plantes dans cette sphère creuse ; on la peupla d’animaux, et, pour en chasser les ténèbres, on y fit circuler deux astres, Pluton et Proserpine. Ces régions souterraines furent douées d’une température toujours égale, d’un air toujours lumineux par suite de la pression qu’il supporte : on oubliait, sans doute, qu’on y avait déjà placé deux soleils pour l’éclairer. Enfin, près du pôle nord, à 82° de latitude, se trouvait une immense ouverture par où devait s’écouler la lumière des aurores