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Suivant lui, cette atmosphère atteignit la Terre vers les monts Gordiens (l’Ararat). Les mêmes montagnes interceptèrent la queue tout entière. L’atmosphère terrestre, chargée ainsi d’une immense quantité de parties aqueuses, dut suffire pendant quarante jours à des pluies torrentueuses dont l’état ordinaire du globe ne nous donne aucune idée.

Malgré toute sa bizarrerie, j’ai exposé en détail la théorie de Whiston, soit à cause de la célébrité dont elle a longtemps joui, soit parce qu’il m’a paru qu’il n’était permis à personne de traiter avec dédain les productions de l’homme que Newton désigna lui-même pour être son successeur à l’Université de Cambridge. Voici, maintenant, quelques objections auxquelles cette théorie ne me semble pas pouvoir résister.

Whiston ayant eu besoin d’une immense marée pour expliquer les phénomènes bibliques du grand abîme, ne s’est pas contenté de faire passer sa comète extrêmement près de la Terre au moment du déluge ; il a donné, de plus, à cet astre une très-forte masse : il la suppose six fois plus grande que celle de la Lune.

Une pareille supposition est tout à fait gratuite, et c’est là cependant son moindre défaut, car elle ne suffit pas à l’explication des phénomènes. Si la Lune, en effet, produit de si grands effets sur les eaux de l’Océan, c’est que son mouvement angulaire diurne n’étant pas très-considérable, elle correspond verticalement, pendant un temps assez long, presque aux mêmes points du globe ; c’est que dans l’espace de quelques heures sa distance à la Terre varie à peine ; c’est que le liquide qu’elle attire a