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INTRODUCTION.

période héroïque de l’antiquité japonaise ; mais divers ordres de faits[1], qu’il serait hors de lieu de discuter ici, nous montrent que la plupart de ces anciennes divinités n’étaient autres que les grands hommes de l’histoire primitive du Japon. De la sorte, on serait amené à placer vers le viie siècle avant notre ère, c’est-à-dire à l’époque même de la fondation de la monarchie des mikados[2], les premières poésies dont la tradition nous ait conservé le souvenir.

En dehors de ces poésies et de quelques autres auxquelles on attribue également une date fort reculée, il faut arriver au règne d’Ozine[3], le seizième empereur, pour trouver les premiers documents in-

  1. Dans un travail que je compte publier sur l’histoire et la chronologie des Japonais, je discuterai toutefois dans quelle mesure il convient d’assigner un caractère véritablement historique aux mikados qui ont précédé le règne de l’impératrice Zingou (111e siècle de notre ère), et sur quelles autorités repose la liste continue des quatorze princes inscrits dans les annales indigènes par les écrivains du Nippon.
  2. On me permettra de citer ici cette pièce de vers qui, à défaut d’autre intérêt, aura du moins, pour les amis de la philologie, celui de l’antiquité : le texte original en a été reproduit à la fin de ce volume, p. 2 (partie lithographique).

    Ya-kumo tatsŭ idzŭmo ya-ye-gaki tsŭma-go-me-ni,
    Ya-ye-gaki tsŭkuru, sono ya-ye-gaki-wo.
    Semblables à huit nuages (qui s’accumulent sur la voûte céleste), les murailles octuples d’Idzoumo, pour établir (le gynécée de) ma femme, je les ai faites octuples, les octuples murailles.

    Le mot ya, dans les expressions ya-kumo « huit nuages » et ya-ye-gaki « les murailles octuples », indique un nombre indéterminé, « un grand nombre, beaucoup, plusieurs ». Idzŭ-mo est le nom d’une localité.

  3. Règne de 270 à 312 de notre ère.