Ouvrir le menu principal

Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/33

Cette page a été validée par deux contributeurs.
4

On murmura : Seigneur Dieu !… déjà ?… Puis, sur un ton clair, la même voix reprit :

— Minute, je descends.

Les quatre hommes attendirent. Par la porte ouverte, le jour gris pénétrait jusqu’à eux, éclairait le dos de leurs talmas noirs, promenait des lueurs sur le vernis éteint de leurs chapeaux. L’escalier craquait sous un pas lourd qui se dépêchait. Au bout d’un instant, une grosse femme de quarante ans, à figure bonasse, apparut et s’arrêta un peu effrayée sur les dernières marches du rez-de-chaussée. C’était la concierge dont la robe vineuse, retroussée par devant, découvrait un jupon de tricot violet, des bas malpropres serrés à la cheville par d’énormes chaussons lacés, dont un caraco de mince flanelle laissait grelotter furieusement la poitrine flasque. Le premier moment de stupeur passé, la bonne femme se rasséréna.

— Tiens, fît-elle, sur un timbre très doux, si harmonieux qu’il semblait ne point appartenir à un pareil tas de graisse, vous venez déjà pour la petite ?

— Oui, pour Francine… Francine Clo… je ne sais plus comment.

—…Arec, Francine Cloarec, affirma un croque-mort à tête sanguine.

— Oui, c’est bien ce nom-là : Francine Cloarec… une Bretonne… Attendez que je prenne la clef, reprit la concierge.

Elle passa entre les croque-morts, péniblement, et ouvrit la porte de la loge. Une bouffée de chaleur malsaine s’en échappa.

— Mais entrez donc, ajouta-t-elle, vous vous chaufferez au moins, au lieu de rester là comme des perdus.

— Bah ! dit l’homme sanguin, pourquoi faire ?

Néanmoins, ils se faufilèrent tous les quatre autour d’un petit poêle dressé sur une plaque de tôle, dans un coin. Personne n’avait envie de parler ; seule, une casserole bouillait avec un cliquetis de couvercle, une susur-