Ouvrir le menu principal

Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/24

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


L’HIVER MONDAIN




FEMME EN DEUIL


Très pâle, maladive et les deux yeux creusés
Comme des trous de nuit où se meurt une étoile,
En grand deuil, et cachant sa langueur sous un voile,
Elle allait dans la neige avec des airs brisés.

Et la voyant passer je me disais : Mon Âme
Est en grand deuil aussi dans le blanc de l’hiver,
Mais afin d’oublier tous deux le mal souffert
Il suffirait d’avoir l’amour de cette femme.

Car rien qu’à nous presser les mains quelques moments
Nous ferions une joie avec nos deux tourments !
Et tandis que je songe elle est loin disparue.

Dans le balancement mélancolique et las
De sa robe, on croirait, tout au bout de la rue,
Entendre agoniser sa marche comme un glas.




JARDIN D’HIVER


Le soir, lorsque la lune épand ses frissons bleus
Et que des peaux de tigre et des tapis moëlleux
Assourdissent les pas dans la chambre de verre,
Un grand jet d’eau sanglotte au milieu de la serre,
Comme s’il se plaignait élégiaquement
De retomber toujours dans le bassin dormant
Et de ne pas pouvoir, pour calmer sa rancune,
Porter son baiser froid aux lèvres de la Lune !