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Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/137

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Sans me donner le temps de la réflexion, je montai dans la barque et détachai la corde.

La nacelle, — comme disent les poètes, — dériva aussitôt, s’éloigna du bord et suivit le fil de l’eau.

Alors seulement, en batelier novice,

Qui n’avait jamais navigué,


je m’aperçus que mon embarcation était dépourvue d’avirons.

Je mesurai d’un regard inquiet la distance qui me séparait du rivage. La Reliane, en cet endroit, était fort large, et la transparence de ses eaux me permit de constater qu’elle était en même temps très profonde. Or, je ne sais pas nager. Je regardai en amont, en aval. Personne ! Pas une seule branche miséricordieusement penchée en travers du courant à portée de ma main.

Le soleil dorait le feuillage, les oiseaux chantaient à tue-tête ; d’une rive à l’autre, des salicaires aux cardamines, voletaient sur leurs ailes de gaze, en décrivant mille circuits capricieux, agrions et libellules.

Et le flot m’emportait, lentement, lentement, — berceur, caressant, murmurant je ne sais quelles rassurantes promesses.



IV


— Tiens ! tiens ! pensai-je. Le courant m’entraîne droit à la chute d’eau du moulin. Si je ne trouve pas préalablement