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Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/12

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LES MONSTRES PARISIENS



LE MANGEUR DE RÊVE

Une exception ? Non pas. Ils sont nombreux déjà, très nombreux, et seront bientôt innombrables si l’histoire que je vais raconter — que je dois raconter — ne galvanise pas, par l’épouvante et l’horreur, le ressort de leur vie énervée, ne fait pas se redresser leur volonté gisante.

I

Il s’en va par la ville, le menton sur la poitrine, les bras abandonnés. Cinquante ans, sans doute. Mais les plus las quinquagénaires, ceux qu’a le plus exténués, rompus, avilis l’immonde et laborieuse débauche, n’ont pas cette démarche vague, errante, qui chancelle, tâtonne l’air, s’appuie aux murs. Dans ses yeux démesurément ouverts, fixes, dont on ne voit jamais se baisser les paupières — deux agates jaunes, sans lueur — il y a l’hébétude nulle des yeux des vieux