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Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/112

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C’ÉTAIT LE SOIR…

Pour toi.

C’était le soir ; c’était l’heure où les amoureux,
Moins timides, tout bas osent se faire entre eux
Les tendres questions et les douces réponses.
Le couchant empourprait le point noir des quinconces
Lentement descendait l’ombre, comme à dessein ;
Le vent, déjà plus frais, ridait l’eau du bassin
Où tremblait un beau ciel vert et moiré de rose :

Tout s’apaisait…
François Coppée

Vers six heures, — comme le vent, subitement change, avait maintenant des caresses fraîches, presque mordantes, — les chaises du « Parc » commencèrent à se dégarnir.

Il se fit partout des vides, tandis que la foule descendait lentement vers la ville. Et cela faisait une cohue bariolée de toilettes pâles où le bleu dominait, se détachant sur le blanc intense du tablier des nourrices et des longues jupes des enfants.

Là-bas, du côté de la rue Ducale, on voyait scintiller avec de vives étincelles les cuivres et les sabres de la musique des Guides qui piétinait, en s’éloignant, dans la poussière grise et montante.

D’ici, de là, une bonne soulevait vivement un beau bébé joufflu, qui, inconscient, roulait ses mollets nus dans le sable, le secouait avec un « debout, sale gamin !… » et lui tapotait bruyamment sa robe défraîchie. De fortes nourrices s’en allaient d’un pas mou et cadencé, en traînant derrière elles de petits hommes en herbe qui tantôt admiraient aux kiosques, les yeux écarquillés, leur petite bouche grande ouverte, les images des journaux illustrés pendus à des ficelles par des chevilles de bois comme le linge qu’on fait sécher. La grande allée qui conduit de la place du Palais à la rue de la Loi devenait de plus en plus déserte, tandis que dans