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Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/104

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siennes closes, dans le silence des bois mystérieux, sous le feu des étoiles. Elle se donna à tous ceux qu’attirait sa chair rose, passant de l’un à l’autre par une lassitude molle, mais les sens toujours en éveil.

La vie bête !… la vie sale !…

Aujourd’hui que sa fièvre apaisée lui permet de scruter son existence dans tout ce qu’elle a d’horrible et d’abject, elle n’éprouve que haine et que dégoût, — haine pour les autres et pour elle ; dégoût de vivre.

Quoiqu’elle fasse, sa pensée se reporte toujours vers ces années perdues, depuis qu’elle est entrée ici, comme une épave, à la brasserie Gambrinus. Toujours, elle se complaît à s’arrêter au vague souvenir de sa jeunesse parce que ce sont les rares, les seules heures de bonheur chaste et vrai qu’elle ait vécues ; toujours, jusqu’à ce qu’un client, la frôlant de trop près, la fait s’écrier, furieuse :

— « À bas les pattes, vieux sale !… »


Bruxelles, le 2 mars 1887.