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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/98

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Néanmoins les espagnols furent assez obligeans pour leur déclarer que, pourvu qu’ils ne troublassent plus le repos de la société, & qu’ils voulussent prendre à cœur le bien général de la plantation, ils travailleroient pour eux avec plaisir, & qu’ils leur permettroient de se promener à leur fantaisie, d’être aussi fainéans qu’ils le trouveroient à propos. Tout alla parfaitement bien pendant un mois ou deux ; après quoi les espagnols furent assez bons de leur rendre leurs armes, & de leur donner la même liberté dont ils avoient joui auparavant.

Huit jours après cet acte de générosité de la part des espagnols, ces scélérats, incapables de la moindre reconnoissance, recommencèrent leurs insolences, & se mirent dans la tête le dessein du monde le plus affreux. Ils ne l’exécutèrent pourtant pas alors, à cause d’un accident qui mit toute la colonie également en danger, & força les uns & les autres à renoncer à tout ressentiment particulier, pour songer à leur propre conservation.

Il arriva pendant une nuit que le gouverneur ou le chef des espagnols ne put fermer les yeux, de quelque côté qu’il se tournât. Il se portoit très-bien par rapport au corps, comme il m’a dit ; mais il se sentoit agité par des pensées tumultueuses, quoique parfaitement éveillé ;