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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/88

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Mais quelle raison avez-vous pour attendre cette soumission d’eux ? Vous ne les avez pas achetés de votre argent, & vous n’avez pas le moindre droit de les réduire à l’esclavage. Le même coquin lui répondit que l’île leur appartenoit à eux trois, que le gouverneur la leur avoit laissée, & que personne n’y avoit la moindre chose à dire qu’eux : que, pour le faire voir, ils alloient brûler les huttes de leurs ennemis, & que, quelque chose qu’il pût arriver, ils n’y souffriroient ni leurs cabanes, ni leurs plantations.

S’il est ainsi, seigneur, dit l’espagnol, nous devrions être vos esclaves aussi. « Vous avez raison, répliqua l’impudent coquin ; nous comptons bien là-dessus, & vous vous en appercevrez bientôt ». Cet insolent discours étoit relevé par une centaine d’imprécations placées éloquemment dans les endroits les plus convenables. L’espagnol se contenta d’y répondre par un souris moqueur, & ne daigna pas seulement lui dire le moindre mot.

Cette conversation cependant avoit échauffé la bile à ces coquins, & se levant avec fureur, l’un d’entr’eux (nommé Guillaume Atkins) dit aux autres : allons, morbleu, finissons avec ces chiens-là ; démolissons leur château, & ne souffrons pas qu’ils tranchent du maître dans nos domaines.