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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/51

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insupportable pour ces pauvres gens ; mais qu’il pourroit entièrement ruiner notre voyage, en faisant une brêche irréparable dans nos provisions. Je ne croyois pas d’ailleurs enfreindre le contrat que mon neveu avoit fait avec ses marchands, en me prêtant à un accident imprévu. Certainement ni les loix de la nature, ni les loix révélées ne pourroient nous permettre d’abandonner à une mort presqu’inévitable un si grand nombre de gens, & puisque nous les avions pris à notre bord, notre propre intérêt, aussi-bien que le leur, nous obligeoit à les mettre quelque part à terre. Je consentis donc à suivre notre route, comme ils le souhaitoient, & si les vents rendoient la chose impossible, je leur promis de les débarquer à la Martinique, dans les Indes Occidentales.

Le tems cependant continua à être beau avec un vent assez vigoureux qui resta quelque tems entre le nord-est, & le sud-est ; ce qui nous fit manquer plusieurs occasions d’envoyer nos gens en Europe. Il est vrai que nous rencontrâmes plusieurs vaisseaux destinés pour l’Europe : mais ils avoient lutté si long tems avec les vents contraires qu’ils n’osèrent se charger de passagers, de peur de mourir de faim tous ensemble. De cette manière nous fûmes forcés de pousser notre voyage jusqu’à ce qu’une semaine après nous arrivâmes aux bancs de Terre-Neuve. C’est-là que nous