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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/44

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tôt il s’arrachoit les cheveux, déchiroit ses habits, & les fouloit aux pieds, comme un habitant des petites-maisons ; tantôt il versoit un torrent de larmes, le cœur lui manquoit, il tomboit en défaillance ; & si on ne l’avoit secouru, la mort auroit suivi la violence de tous ces mouvemens. Il n’en étoit pas ainsi de quelques-uns, ou du moindre nombre, mais de presque tous autant qu’ils étoient, &, si je m’en souviens bien, notre chirurgien fut obligé d’en saigner une trentaine.

Il y avoit deux prêtres parmi eux, l’un encore jeune, l’autre avancé en âge ; & ce qu’il y a de plus surprenant, le plus vieux étoit le moins sage. Dès qu’il mit le pied sur le bord de notre vaisseau, il tomba tout roide, comme s’il étoit mort. Notre chirurgien mit d’abord en œuvre des remèdes propres à le faire revenir à lui, étant le seul dans le vaisseau qui lui crût encore un souffle de vie ; ensuite lui ayant frotté le bras pour le réchauffer, & pour y faire venir le sang ; il le saigna. Le sang ne coula d’abord que goutte à goutte ; mais il sortit ensuite avec plus de liberté. Trois minutes après le bon-homme ouvrit les yeux, & dans un quart-d’heure de tems il parla, & fut entièrement rétabli. Dès que le sang fut arrêté, il commença à se promener, en nous assurant qu’il se portoit bien, & le chirurgien