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pays au contraire étoient des payens qui sacrifioient aux idoles, & qui adoroient le soleil, la lune, les étoiles, & toutes les armées du ciel, comme s’exprime l’écriture-sainte. Je puis dire même, que c’étoient les plus barbares de tous les payens que j’ai rencontrés dans mes voyages, excepté seulement qu’ils ne se nourrissoient point de chair humaine, comme les sauvages de l’Amérique.

Nous vîmes quelques exemples de leur barbarie, entre Arguna & une ville habitée par des Tartares & des Moscovites mêlés ensemble, & nommée Nortsinskoi. Elle est située au milieu d’un vaste désert, que nous ne pûmes traverser qu’en vingt jours de marche. Arrivé à un village voisin de cette ville, j’eus la curiosité d’y entrer : la manière de vivre de ces gens, est d’une brutalité affreuse. Ils devoient faire ce jour-là un grand sacrifice ; il y avoit sur le tronc d’un vieux arbre une idole de bois, de la figure la plus terrible, & si l’on vouloit dépeindre le diable de la manière la plus effrayante & la plus hideuse, on ne pourroit jamais se régler sur un meilleur modèle. La tête de cette belle divinité ne ressembloit à celle d’aucun animal que j’aie jamais vu, ou dont j’aie la moindre idée. Elle avoit des oreilles aussi grandes que des cornes de bouc, des yeux de la grandeur d’un écu, un nez semblable à une corne

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