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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/40

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dustrie n’avoient été capables de le maîtriser. Le seul parti qui leur étoit resté à prendre, avoit été d’abandonner le navire : par bonheur ils avoient deux chaloupes assez grandes, & un petit esquif, qui ne leur pouvoit servir qu’à mettre des provisions & de l’eau fraîche. Dans cette situation, toute leurs consolation étoit d’être échappés du feu, sans pouvoir espérer raisonnablement de se sauver, étant à une si grande distance de terre. Le seul bonheur, dont ils pouvoient se flatter, étoit de trouver quelque bâtiment en mer qui voulût bien les prendre sur son bord. Ils avoient des voiles, des rames, une boussole, & ils se préparoient à retourner vers Terre-Neuve[1], avec un vent favorable ; toute la provision qu’ils avoient, n’étoit suffisante tout au plus que pour les empêcher de mourir de faim pendant douze jours, dans lequel espace de tems, s’ils avoient le vent favorable, ils espéroient de venir jusqu’au banc de ce pays-là, & de s’y soutenir par le moyen de la pêche, jusqu’à ce qu’il pussent venir à terre ; mais ils avoient à craindre tant de hasards, de tempêtes, de vents contraires, de pluies capables de les engloutir, que, s’ils se sauvoient, ce ne pouvoit être que par une espèce de miracle.

  1. Les Anglois l’appellent Newfound-Land.