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nous avoient réellement sauvés d’un danger extrême, & je leur avois promis de leur en témoigner ma reconnoissance. Je commençai d’abord par leur faire payer les gages, qui, selon eux, leur étoient dûs dans les vaisseaux qu’ils avoient quittés pour nous suivre ; c’est-à-dire, dix-neuf mois à l’Anglois, & sept au Hollandois. Je leur donnai encore à chacun une petite somme d’argent, en or, dont ils furent très-contens, & je fis l’Anglois canonnier de vaisseau, à la place du nôtre, qui en étoit devenu second contre-maître & boursier : je donnai au Hollandois l’emploi de bosseman. Ils se crurent par-là parfaitement bien récompensés, & ils rendirent de très-grands services dans le vaisseau, étant gens de courage, & fort entendus dans la marine.

Pour nous, nous restâmes à terre dans la Chine, & si je m’étois cru loin de ma patrie à Bengale, où pour mon argent il m’étoit facile de revenir chez moi, que ne devois-je pas penser alors, que j’étois de plus de mille lieues plus éloigné de l’Angleterre, sans savoir absolument comment y retourner ?

Tout ce qui pouvoit en quelque sorte balancer ce chagrin, c’est que dans quelques mois de-là il devoit y avoir une autre foire dans la ville où nous étions, & que nous aurions l’occasion de nous fournir de toutes sortes de denrées du