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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/378

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de nos marchandises, quand ce seroit d’une manière peu avantageuse.

Je ne saurois m’empêcher de remarquer ici que de toutes les conditions de la vie, il n’y en a aucune qui rende un homme si complettement misérable, qu’une crainte continuelle. L’écriture sainte nous dit, avec beaucoup de raison, que la peur sert de piége à l’homme. C’est une mort perpétuelle, & elle accable tellement l’esprit, qu’il est inaccessible au moindre soulagement ; elle étouffe nos esprits animaux, & abat toute cette vigueur naturelle, qui nous soutient dans des afflictions d’une autre nature.

Mon imagination, qui en étoit saisie d’une manière affreuse, ne manquoit pas de me représenter le danger bien plus grand qu’il n’étoit réellement ; elle me dépeignoit les capitaines Anglois & Hollandois comme des gens absolument incapables d’entendre raison, & de distinguer entre des scélérats & d’honnêtes gens, entre une fable inventée pour les tromper, & entre l’histoire véritable & suivie de nos voyages & de nos projets. Rien n’étoit plus facile pour nous, dans le fond, que de faire voir clairement à toute personne un peu sensée, que nous n’étions rien moins que des pirates. L’opium & les autres marchandises que nous avions à bord, prouvoient clairement que nous avions été à Bengale,