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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/344

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vous que la ville de Cambodia n’est pas fort loin d’ici, & qu’il y a près de-là deux gros vaisseaux anglois & trois hollandois ? Eh bien ! « qu’est-ce que cela me fait, lui répondis-je ? » Comment ! Monsieur, répartit-il, est-il de la prudence d’un homme qui cherche des aventures, comme vous, d’entrer dans un port sans examiner auparavant quels vaisseaux peuvent être à l’ancre, & s’il est en état de leur faire tête ? Vous savez bien, je m’imagine, que la partie n’est pas égale.

Ce discours ne m’étonna point du tout, parce que je n’y comprenois rien ; je dis à mon homme qu’il s’expliquât plus clairement ; & que je ne voyois aucune raison pour moi de craindre les vaisseaux des compagnies angloise & hollandoise, puisque je ne fraudois point les droits, & que je ne faisois aucun commerce d&fendu. Fort bien, monsieur, me dit-il, en souriant d’un petit air aigre-doux, si vous vous croyez en sûreté, vous n’avez qu’à rester ici ; je suis mortifié pourtant de voir que votre sécurité vous fait rejeter un avis salutaire. Soyez persuadé que, si vous ne levez l’ancre dans le moment, vous allez être attaqué par cinq chaloupes remplies de monde, & que si l’on vous prend, on commencera par vous pendre comme un pirate, quitte à vous faire votre procès après. J’aurois cru, monsieur,