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pendant quelques heures. Vers le soir, dans le tems que je me préparois à retourner à bord, un de nos mariniers vint me dire de ne pas prendre la peine d’aller jusqu’au rivage, puisque les gens de la chaloupe avoient ordre de ne point ramener.

Surpris de ce compliment insolent, comme d’un coup de foudre ; je demandai à cet homme qui lui avoit donné ordre de me dire une pareille sottise ? Et ayant appris que c’étoit le bosseman, je dis au messager qu’il n’avoit qu’à rapporter à celui qui l’avoit envoyé, qu’il s’étoit acquitté de sa commission, & que je n’y avois rien repondu.

J’allai d’abord trouver le Super-Cargo, & lui racontant toute l’histoire, je lui dis que je prévoyois quelque mutinerie dans le vaisseau, & je le priai de s’y transporter dans quelque barque indienne, pour informer le capitaine de ce qui venoit de m’arriver. J’aurois bien pu m’épargner cette peine ; car l’affaire étoit déjà faite à bord du navire. Le bosseman, le canonnier, & le charpentier, en un mot tous les officiers subalternes, dès qu’ils m’avoient vu dans la chaloupe, étoient montés sur le tillac, & avoient demandé à parler au capitaine. Comme le bosseman étoit un homme qui parloit fort-bien, c’étoit lui qu’on avoit chargé