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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/308

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C’est ainsi qu’ils s’en allèrent tous, & quoique leur entreprise fût extravagante au suprême degré, il faut avouer pourtant qu’ils s’y prirent avec toute la précaution possible. Ils étoient tous parfaitement bien armés ; car, outre un fusil ou un mousquet, ils avoient chacun un pistolet & une baïonnette : quelques-uns s’étoient munis avec cela de sabres, & le bosseman & deux autres avoient des haches d’armes. D’ailleurs ils étoient pourvus tous ensemble de treize grenades ; en un mot jamais gens plus hardis & mieux armés n’entreprirent un dessein plus abominable & plus extravagant.

Quand ils s’en allèrent, ils n’étoient animés que par le desir du butin, & par l’espérance de trouver de l’or ; mais une circonstance où ils ne s’attendoient pas, les remplit de l’esprit de vengeance, & les changea tous en autant de diables incarnés. Étant arrivés à un petit nombre de maisons indiennes, qu’ils avoient prises pour la ville même, ils se virent fort éloignés de leur compte, puisqu’il n’y avoit-là que treize huttes, & qu’il leur étoit impossible de savoir la situation & la grandeur de la ville qu’ils avoient dessein de saccager.

Ils délibérèrent long-tems sans savoir quel parti prendre. S’ils attaquoient ce hameau, il falloit égorger tous les habitans sans qu’il en