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à terre ; & sachant que notre chaloupe étoit à l’ancre à un jet de pierre du rivage, avec deux hommes pour la garder, j’en fis venir un à terre pour couper quelques branches, pour nous en couvrir dans la chaloupe ; & ayant étendu la voile, je me couchai dessus, à l’abri de cette verdure.

Environ à deux heures après minuit, nous entendîmes des cris terribles d’un des mariniers, qui nous prioit au nom de Dieu de faire approcher la chaloupe, si nous ne voulions pas que tous nos gens fussent massacrés ; en même tems j’entendis cinq coups de fusil, qui furent répétés deux fois immédiatement après ; je dis cinq coups, car c’étoit-là le nombre de toutes les armes à feu qu’ils avoient. On voit assez, par la nécessité où ils furent de tirer si souvent que ces barbares ne sont pas si effrayés de ce bruit, que ceux avec qui j’avois eu affaire dans mon île.

M’étant réveillé en sursaut par tout ce tumulte, je fis avancer la chaloupe, & voyant trois fusils devant moi, je pris la résolution d’aller à terre avec mes deux matelots, & d’assister nos gens attaqués.

Nous fûmes près du rivage en moins de rien, mais il nous fut impossible d’exécuter notre dessein ; car nos matelots, poursuivis par trois ou quatre cents de ces barbares, se jetèrent dans