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d’amitié, mais qui porte encore les insulaires à faire la même chose de leur côté, pour indiquer qu’ils acceptent la paix. Dès que cette cérémonie est faite, il ne leur est pas permis de passer vos branches, & vous ne sauriez passer les leurs, sans leur déclarer la guerre. De cette manière, chacun est en sûreté derrière ses limites, & la place qui est entre deux sert de marché, & de côté & d’autre on y trafique librement. En y allant, il n’est pas permis de porter des armes, & les gens du pays même, avant que d’avancer jusques-là, fichent leurs lances en terre ; mais si on rompt la convention, en leur faisant quelque violence, ils sautent d’abord sur leurs armes, & tâchent de repousser la force par la force.

Il arriva un soir que nous étions venus à terre, que les insulaires s’assemblèrent en plus grand nombre que de coutume ; mais tout ce passa avec la civilité ordinaire. Ils nous apportèrent plusieurs provisions qu’ils troquèrent contre quelques bagatelles, & leurs femmes mêmes nous fournirent du lait & quelques racines, que nous reçûmes avec plaisir ; en un mot tout étoit paisible, & nous résolûmes même de passer la nuit à terre dans une hutte que nous nous étions faite de quelques rameaux.

Je ne sais par quel pressentiment je n’étois pas si content que les autres de rester toute la nuit