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dans mon pays ; nous n’avions que le grand vieux Dieu Benamuchée.

G. At. Hélas ! ma pauvre enfant, je ne suis pas assez habile pour vous expliquer ce que c’est que Dieu. Il est dans le ciel, il a fait le ciel & la terre, & tout ce qui s’y trouve.

La F. Comment ! vous avez le grand Dieu dans votre pays, & vous ne le connoissez pas ? vous ne l’adorez pas ? Cela n’est pas possible.

G. At. Cela est pourtant certain, quoique nous vivions souvent comme s’il n’y avoit point de Dieu dans le ciel, & que son pouvoir ne s’étendît point jusqu’à la terre.

La F. Mais pourquoi Dieu le permet-il ? Pourquoi ne vous fait-il pas vivre mieux ?

G. At. C’est notre propre faute.

La F. Mais vous dites qu’il est grand, qu’il a un grand pouvoir, qu’il peut vous tuer, s’il veut ; pourquoi ne vous tue-t-il pas, quand vous ne le servez pas, & que vous faites du mal ?

G. At. Il est vrai qu’il auroit pu me tuer il y a long-tems, & que je devrois m’y attendre ; car j’ai été un homme indigne de vivre ; mais il est miséricordieux, & il ne nous punit pas toujours quand nous le méritons.

La F. Eh bien ! n’avez-vous pas remercié votre Dieu de sa bonté pour vous ?

G. At. Hélas ! je l’ai remercié aussi peu