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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/217

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Pendant qu’il disoit ces choses, je découvrois dans l’air de son visage une espèce d’extase ; ses yeux brilloient d’un feu nouveau, ses joues étoient rouges, & cette couleur alloit & venoit, comme on le voit arriver à un homme agité par différentes passions. Je me tus pendant quelque tems, faute de trouver des termes propres à exprimer mes sentimens ; j’étois extraordinairement surpris de voir dans un homme tant de zèle & tant de candeur, & un zèle qui s’élevoit si fort au-dessus de la sphère du zèle ordinaire des gens de sa profession, & même de tous les autres chrétiens.

Après avoir rêvé quelque tems, je lui demandai sérieusement s’il parloit tout de bon, & s’il étoit réellement résolu de s’enfermer dans ce désert pour le reste de sa vie, peut-être uniquement pour entreprendre la conversation de ces gens, & s’il étoit capable de s’y hasarder, sans aucune espérance certaine de réussir dans cette entreprise.

Qu’appellez-vous se hasarder, me répliqua-t-il vivement ? dites-moi, je vous prie, dans quelle vue croyez-vous que j’aye pris la résolution de vous suivre dans les Indes ? « Je n’en sais rien lui dis-je ; à moins que ce ne soit pour aller prêcher l’évangile aux Indiens ». Vous devinez juste, me répondit-il ; & si je puis convertir ces trente-sept hommes à la foi de Jésus-Christ,