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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/183

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Il porta ensuite ses réflexions sur toutes les commodités que je m’étois autrefois procurées dans ma solitude, & sur les soins infatigables par lesquels, d’un état plus triste que le leur n’avoit jamais été, j’en avois su faire un plus heureux que n’étoit le leur dans le tems mêmes qu’ils se trouvoient tous ensemble dans l’île.

Il me dit encore qu’il avoit remarqué avec étonnement que les Anglois avoient plus de présence d’esprit dans l’infortune, que tout autre peuple qu’il eût jamais rencontré ; & que sa nation, & la Portugaise, étoient les gens du monde les plus malheureux quand il s’agissoit de lutter contre l’adversité ; puisqu’après avoir fait inutilement les efforts ordinaires pour se tirer du malheur, leur premier pas étoit toujours le désespoir, sous lequel ils restoient affaissés, sans avoir la force d’esprit de former le moindre dessein propre à mettre fin à leurs calamités.

Je lui répondis qu’il y avoit une grande différence entre leur cas & le mien, puisqu’ils avoient été jetés à terre sans aucune chose nécessaire pour subsister. Qu’en effet, mon malheur avoit été accompagné de ce désavantage, que j’étois seul ; mais qu’en récompense, les secours que la providence m’avoit mis entre les mains en poussant les débris du vaisseau si près du rivage, auroient été capables de ranimer le courage de l’homme