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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/173

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Ils furent assez long-tems avant de pouvoir parvenir à leur but ; mais enfin la disette les ayant affoiblis, on en saisit un. Il étoit au commencement tellement accablé de son malheur, qu’il ne voulut ni manger ni boire ; mais voyant qu’on le traitoit avec douceur, & qu’on avoit l’humanité de lui donner ce qu’il falloit pour sa subsistance, sans lui faire le moindre chagrin, il revint de ses frayeurs, & se tranquilisa peu-à-peu.

On lui amena le père de Vendredi, qui entroit souvent en conversation avec lui, & qui l’assuroit de l’intention qu’on avoit, non-seulement de sauver la vie à lui & à tous ses compagnons, mais encore de leur donner une partie de l’île, à condition qu’ils se tiendroient dans leurs propres limites, sans en sortir jamais pour causer le moindre dommage à la colonie. Il lui promit aussi qu’on leur donneroit du grain pour ensemencer des terres, & qu’on leur fourniroit du pain, en attendant qu’ils fussent en état d’en faire pour eux-mêmes. De plus, il lui ordonna d’aller parler à ses compatriotes, & de leur déclarer que, s’ils ne vouloient pas accepter des conditions si avantageuses, ils seroient tous détruits.

Les malheureux sauvages, extrêmement humiliés par leur misère, & réduits au nombre d’environ trente-sept, reçurent cette proposition sans balancer, & demandèrent qu’on leur donnât quel-