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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/141

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été prêts à partir : ou bien ils s’étoient peut-être égarés dans les bois, & ils n’étoie pas venus assez à tems pour se rembarquer avec les autres.

Quoi qu’il en soit, les Espagnols en étoient fort embarrassés, & le gouverneur, consulté sur cet accident, étoit tout aussi embarrassé que les autres. Ils avoient des esclaves autant qu’il leur en falloit, & ils n’étoient pas d’humeur à tuer ceux-ci de sang-froid. Les pauvres gens ne leur avoient pas fait le moindre tort, & ils n’avoient aucun sujet de guerre légitime contre eux qui pût les autoriser à les traiter en ennemis.

Je dois rendre ici cette justice à ces Espagnols, que, malgré tout ce qu’on raconte des cruautés que cette nation a exercées dans le Mexique & dans le Pérou, je n’ai de ma vie vu, dans aucun pays, dix-sept hommes, de quelque nation que ce fût, si modestes, si modérés, si vertueux, si civils & d’un si bon naturel. Ils n’étoient pas susceptibles de la moindre inhumanité, ni d’aucune passion violente, & cependant ils avoient tous une valeur extraordinaire, & une noble fierté.

La douceur de leur tempérament, & l’empire qu’ils avoient sur leurs passions, avoient suffisamment paru dans la manière dont ils s’étoient conduits avec les trois Anglois ; & dans ce cas-ci, ils donnèrent la plus belle preuve