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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/139

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La main diligente enrichit : tout germoit, tout croissoit chez eux : ils jouissoient d’une pleine abondance ; ils avoient plus de bétail que les autres, plus de meubles, plus d’ustensiles, & en même tems plus de moyens de se divertir.

Il est vrai que les femmes des trois premiers étoient très-propres, très-adroites, qu’elles ménageoient parfaitement tout ce qui regardoit l’économie intérieure, & qu’ayant appris la manière Angloise de faire la cuisine, d’une des deux autres Anglois qui avoit été second cuisinier du vaisseau, elles donnoient fort proprement à manger à leurs maris ; au lieu qu’il avoit été impossible d’y dresser les deux autres femmes ; mais en récompense, le second cuisinier s’en acquittoit très-bien lui-même, sans négliger aucune de ses autres occupations. Celle des trois autres n’étoit que d’aller roder par toute l’île, de chercher des œufs de tourterelles, de pêcher & de chasser ; en un mot, ils s’occupoient de tout, excepté à ce qui étoit nécessaire. En récompense, ils vivoient comme des gueux ; au lieu que la manière de vivre des autres étoit agréable & aisée.

J’en viens à présent à une scène tragique différente de tout ce qui étoit arrivé auparavant à la colonie & à moi-même ; en voici le récit fidèle & circonstancié.

Il arriva un jour, de fort bon matin, que cinq