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pements obligèrent l’auteur de F à modifier par contrecoup le rôle de Landri : dans O2, Landri assistait l’empereur de Constantinople une fois, contre les Sarrasins ; dans F, il l’assiste deux fois, la première fois contre les Sarrasins, la seconde fois contre le roi de Hongrie. Pour gagner de la place, et afin de pouvoir plus tard raconter en détail la seconde guerre, l’auteur de F a réduit à une mention sommaire le récit de la guerre contre les Sarrasins, qui, du moins à en juger d’après l’espagnol, était raconté longuement dans O2 ; tout l’intérêt se porte chez lui sur la guerre contre les Hongrois, et la défense de l’empire contre Dorame, roi de Hongrie, devient le service signalé rendu par Landri à l’empereur de Constantinople. Mais, encore une fois, toutes ces modifications sont la conséquence de l’importance du rôle donné au père de Landri.

Nous retrouvons cette préoccupation dans les scènes où Doon se rend, déguisé, dans ses terres, pour mettre à l’épreuve la fidélité de son vassal, le maire Bernard, et surtout celle de sa femme. On sait que ce thème du mari rentrant chez lui, déguisé, après une longue absence, est très ancien : il remonte à l’Odyssée. Au moyen âge, et dans le cycle carolingien, on le retrouve dans le récit fantastique du voyage de Charlemagne à Paris, inséré dans le poème de la Spagna, et qui pourrait bien remonter à un poème épisodique français perdu [1]. Ici encore, l’auteur de F est peu original pour

    que l’a remarqué M. Benary (p. 333 de son mémoire), qui a noté également que le « maître » du jeune Milon dans Orson de Beauvais, Guinement, porte le même nom que le « maître » de Landri dans F.

  1. Voir G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 398. Le fait que ce récit est « amorcé » dans l’Entrée d’Espagne (éd. Thomas, v. 643 et suiv.) confirme singulièrement l’hypothèse de G. Paris. Voir aussi Neophilologus, III (1917-1918), 245, 246. On peut encore songer à l’épisode de « Tristan fou » dans différentes versions de Tristan ; mais Tristan n’est pas le mari d’Iseut.