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sion, par G. Paris, à propos de la chanson de geste provençale de Daurel et Beton [1].

Le jeune homme inconnu qui, chassé par un malheur quelconque de son pays, grandit à la cour d’un roi étranger, s’y distingue par ses exploits, se fait aimer de la fille du roi, et revient, d’ordinaire avec l’aide de ce roi, pour tirer vengeance de ses ennemis, est un thème fréquent dans notre épopée : nous le trouvons dans Mainet, dans Jourdain de Blaie, dans Orson de Beauvais, dans Bovon de Hanstone, dans le poème tout saxon de Horn ; il rappelle les aventures prêtées à Childéric par les légendes franques.

Si l’auteur de O2 envoie le jeune Landri chercher fortune à Constantinople, c’est là une conséquence de l’attrait que l’antique Byzance exerçait sur l’imagination des romanciers du xiie siècle [2]. Le rôle que F attribue à la fille de l’empereur et qui se retrouve, bien que d’une façon moins prononcée et moins choquante, dans E, est fréquent dans les chansons de geste, quand il s’agit de jeunes filles amoureuses, qu’elles soient chrétiennes ou sarrasines : elles font les avances avec la plus grande facilité (qu’on se rappelle Seneheut dans Auberi le Bourgoin, Oriente dans Orson de Beauvais, et surtout Belissent dans Ami et Amile). Dans E aussi bien que dans F, le fils de la femme persécutée, après avoir rendu à l’empereur de Constantinople par son courage des services signalés, revient dans son pays

  1. Mélanges de littérat. française du moyen âge, p. 145-146. — G. Paris, qui a oublié de parler du rôle de Landri dans notre poème, ne parle pas non plus de Parise la Duchesse, où l’on trouve manifestement le même thème ; il est vrai que le jeune Huguet, dans Parise, s’il amène des troupes avec lui, ne doit pas ces troupes à son beau-père ou futur beau-père, mais cela ne fait pas grande différence.
  2. M. Benary remarque qu’il est déjà question de Constantinople dans des récits sur Childéric.