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Page:Anonyme - Doon de la Roche.djvu/89

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par Galland et inséré par celui-ci dans sa traduction des Mille et une Nuits, elle est exposée en public à une porte, et chaque passant doit lui cracher à la figure ; dans un conte russe, elle est emmurée. Dans la version primitive de la chanson de geste sur la Naissance du Chevalier au Cygne, que nous a conservée le Dolopathos latin de Jean de Haute-Seille, la mère est condamnée à être enterrée jusqu’aux mamelles dans la cour du château de son mari, où les gens du château doivent se laver les mains au-dessus de sa tête et les essuyer à ses cheveux [1]. Dans notre hypothèse, la tour terrible où Olive est enfermée est l’équivalent de ce supplice naïvement barbare ; et l’on peut noter que, dans des rédactions plus récentes du Chevalier au Cygne, le supplice décrit par la version primitive est également remplacé par une dure prison [2].

Dans le conte, les enfants, qui ont été exposés, une fois devenus grands, sauvent et réhabilitent leur mère. Ce trait est clairement marqué dans la version N de Doon, où c’est Landri qui tire Olive de sa prison et amène la punition des traîtres ; dans E et F, les événements sont

  1. Johannis de Alta Silva Dolopathos, éd. Hilka, p. 82, l. 26-30 ; traduction française de Herbert, Roman de Dolopathos, éd. Brunet et Montaiglon, v. 9508 et suiv.
  2. La Chanson du Chevalier au Cygne, éd. Hippeau, t. I, v. 277 et suiv. ; Le Chevalier au Cygne, éd. Reiffenberg, I, p. 34, v. 696 (la prison est très adoucie). Dans le résumé latin d’une version française perdue (ouvr. cité, I, p. 186) la mère est précipitée dans un puits profond et horrible. — Un récit analogue à celui du Chevalier au Cygne fait le fond du Miracle du Roi Thierry (voir Miracles de Nostre Dame, éd. G. Paris et U. Robert, VI, 257 et suiv.) et de la seconde partie du roman de Theseus de Cologne (on a remarqué depuis longtemps que ces deux œuvres doivent avoir une source commune) : on y retrouve la mère calomniée et la dure prison. — D’autre part, le supplice de l’enterrement à mi-corps de la femme innocente se retrouve dans la chanson de geste d’Orson de Beauvais (éd. G. Paris, v. 853 et suiv.), mais les circonstances diffèrent complètement.