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dans N, est remarquable. Les nègres n’étaient certainement pas communs en Europe au xiie siècle ; d’autre part, ce détail rappelle immédiatement les récits des Mille et une Nuits, dans lesquels des femmes blanches, plus ou moins haut placées, sont accusées, à tort ou à raison, de relations coupables avec des esclaves nègres. — Notre thème serait-il par hasard d’origine orientale, arabe ? Nous n’avons pas réussi à trouver, dans les traductions des contes et nouvelles arabes qui sont à notre disposition, un récit correspondant exactement à celui de N ; cependant dans un récit bien connu des Mille et un Jours, l’Histoire de Repsima, appartenant au cycle de la « femme chaste convoitée par son beau-frère », on peut signaler le thème de l’amant repoussé, qui introduit, dans la chambre [à coucher ?] de la femme qu’il veut perdre, un homme destiné à jouer le rôle d’amant [1] surpris avec la femme, en réalité innocente ; seulement, cet amant n’est pas un nègre. — Jusqu’ici nous n’avons pas réussi à trouver dans les traductions de contes arabes, ou arabo-persans, quelque autre récit, présentant une analogie plus précise avec le groupe de récits occidentaux que nous avons signalés, et notamment avec N ; un autre sera peut-être plus heureux.

  1. Les Mille et un Jours, édit. du « Panthéon littéraire », p. 266. Même récit, traduit d’après un recueil persan, Al Farag Ba’da Alsidda, par A. Wallensköld, dans son mémoire intitulé : Le Conte de la femme chaste convoitée par son beau-frère (dans Acta Societatis Scientiarum Fennicae, t. XXXIV, n° 1, p. 101). Le récit persan diffère par les détails du récit des Mille et un Jours et est, à bien des égards, absurde ; il est possible que Pétis de Lacroix et Le Sage, rédacteurs des Mille et un Jours, l’aient arrangé. Malgré les incertitudes qui planent encore sur la source (ou les sources) des Mille et un Jours, M. Wallensköld (p. 18 de son mémoire) croit cependant que, en ce qui concerne notre récit, les rédacteurs français ont puisé à une source différente du recueil persan.