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Page:Anonyme - Doon de la Roche.djvu/100

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formes, un succès de premier ordre : il n’est pas devenu le noyau d’un cycle ; il n’a même pas eu une suite, ainsi que cela est arrivé à Ami et Amile et à Aye d’Avignon. Cependant, notre poème a pénétré dans le Midi. Dans l’Ensenhamen bien connu où le Catalan Guiraut de Cabrera, sous prétexte de reprocher à un jongleur son ignorance, donne une longue énumération de sujets épiques, figure entre autres Doon : le jongleur, dit Guiraut, ne sait chanter

Ni d’Oliva, ni de Doon [1].

Dans le Nord de la France, le succès de la chanson s’est longtemps maintenu, et Doon est devenu un sujet de tapisserie : en 1387, Jean Cosset, d’Arras, vendit à Philippe le Hardi l’Histoire de Doon de La Roche, pour 600 francs [2].

Enfin nous devons signaler l’imitation probable de certains épisodes, de certains traits de Doon de La Roche, et spécialement du poème conservé, dans la chanson de geste de Parise la Duchesse. Déjà M. W. Benary a noté (p. 333 de son mémoire) une scène analogue dans les deux poèmes, et conclu à une imitation de Doon par l’auteur de Parise ; on peut relever encore d’autres points de ressemblance. Remarquons d’abord qu’on retrouve

  1. Édition de Bartsch, Denkmäler der provenzalischen Litteratur (Stuttgart, 1856, in-8°), p. 91. Le texte de Bartsch porte Olitia, mais la leçon du manuscrit d’Este est bien Oliva ; voir A. Mussafia, dans les Sitzungsberichte de l’Académie de Vienne, classe philos. histor., t. LV (1867), I, 425. Déjà Ferdinand Wolf avait conjecturé qu’Oliva était la vraie leçon et que l’allusion se rapportait à Doon de La Roche ; voir Denskschriften de l’Académie de Vienne, classe philos. histor., VIII (1857), 268, note 2. L’activité poétique de Guiraut de Cabrera se place dans les vingt dernières années du xiie siècle (voir G. Paris, Mélanges de littérat. franç. du m. â., p. 221, n. 3).
  2. J. Guiffrey, Histoire de la Tapisserie (Tours, 1886, in-4°), p. 42.