Page:Anonyme - Brun de La Montaigne.djvu/129

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
109
brun de la montaigne

3150C’onques plus grant mestier n’en ot nus cuers d’amant,
Ainsi com je le truis ci après en lissant.

CLXXX[1]

Ainsi que Bruns estoit desous l’arbre fueilli,
Et s’i estoit la fée avec qui l’ot nourri,
Qui bien le conseilla et l’entroduisi sy
3155Qu’il fu loiaus amans, mais onques n’eut merci
De sa premiére amour ; or en eut puissedi
Une qui bien l’ama et de cui il jouï
Trés amoureussement a loy de vray ami,
(f° 67)Car il ot de s’amour parfaitement l’otri,
3160Et il com vrais amis loiaument la servi.
« Biaus filz, » ce dist la dame, « or entendés a mi :
« Il vous en faut partir assés briesment de ci,
« Mais toute vois, de cuer trés humblement vous pri
« Qu’il vous souviene adès de ce que je vous di.
3165— Dame, » respondi Bruns, « je vous jure et afi
« Que si fera il bien, et je le vous plevis.

CLXXXI[2]

— Biaus filz, » ce dist la dame, « il faut que vous montés :
« Il y avra .x. ans acomplis et passés,
« Sans plus que .iiij. foys ains que mais me veés.
3170— Dame, » respondi Brun, « tant sui ge plus yrés,
« Car en mes griés doulours pou me conforterés.
— Biaus filz, » ce dit la dame, « or ne vous en doutés,
« Car vous serés par moy moult souvent vissités,
« Et serai en tel lieu que pas ne m’i savrés.
3175« Avés vous point l’anel qui ci vous fut donnés ?
— Ouïl, dame, » dit il, « en mon doit l’ai boutés.
— Metés ça, » dit la dame, « et si le me rendés.
« Il vous sera changiés ainz que vous en alés,

  1. — 3164. souvaine.
  2. — 3176. Corr. est b. ?